Je vais commencer cet article avec une certaine transparence. Ce texte a été rédigé avec l’aide de l’intelligence artificielle, à la suite d’une longue discussion que j’ai eue avec elle. Je n’en ai donc pas nécessairement écrit chaque phrase, mais les interrogations qui ont lancé cette discussion viennent de moi.
D’ailleurs, au fil de notre échange, j’ai plusieurs fois remis en question ses réponses, apporté mes propres observations et soulevé des problèmes qu’elle n’avait pas pris en considération. La réflexion a progressivement évolué, jusqu’à nous amener vers un sujet beaucoup plus large que celui que j’avais initialement en tête.
Alors, qui est réellement à l’origine de cet article ? Moi qui ai alimenté et orienté la réflexion, ou l’IA qui a contribué à la développer et à lui donner sa forme ? Probablement un peu des deux. C’est d’ailleurs une question que j’aborderai dans mon prochain article, consacré à la création de contenu par intelligence artificielle.
Au départ, une simple question de développeur
Tout a commencé par une interrogation relativement technique : aujourd’hui, est-il possible de créer et de maintenir un site web entièrement avec l’intelligence artificielle, sans aucune connaissance en programmation ?
La réponse est de plus en plus souvent oui, du moins pour certains types de projets. Même si les résultats ne sont pas toujours parfaits, les outils progressent suffisamment rapidement pour qu’il devienne difficile de prévoir leurs limites dans quelques années.
En tant que développeur web, cette perspective m’interpelle. Non seulement parce qu’elle pourrait transformer mon métier, mais aussi parce que je réalise que je n’ai pas particulièrement envie de me lancer dans une nouvelle course à la maîtrise des outils.
J’aimerais plutôt consacrer davantage de temps à l’humain, au conseil, à la compréhension des besoins et à la transmission de mon expérience. Et encore, cette volonté m’est propre, qui sait si ces compétences seront toujours aussi utiles dans les années à venir.
Quand l’efficacité devient une nécessité
Je me suis ensuite intéressé à la manière dont les entreprises adoptent l’intelligence artificielle.
Dans mon environnement professionnel, je côtoie des personnes qui cherchent à améliorer leur productivité grâce à ces outils. Leur objectif n’est pas nécessairement de remplacer des employés. Elles souhaitent simplement travailler plus efficacement, gagner du temps, améliorer leurs services et assurer la rentabilité de leur entreprise.
Et dans le fond, difficile de leur reprocher cette démarche.
Mais une question m’est venue : si une entreprise peut produire le même travail plus rapidement, aura-t-elle toujours besoin du même nombre de personnes ?
L’IA m’a d’abord répondu que les entreprises pourraient profiter de ces gains pour accepter davantage de projets, améliorer leurs services ou conserver leurs employés.
C’est là que j’ai commencé à contester son raisonnement.
Une PME ne dispose pas de ressources illimitées. Elle doit payer ses employés, leur offrir des augmentations, couvrir ses dépenses et maintenir suffisamment de revenus pour poursuivre ses activités. Elle doit également faire face à une concurrence qui utilise probablement les mêmes outils.
Et surtout, être capable de produire davantage ne signifie pas avoir davantage de clients.
Une agence qui réalise maintenant un projet en trois jours plutôt qu’en cinq ne récupère pas automatiquement deux journées de revenus supplémentaires. Elle dispose simplement de plus de temps, qu’elle doit encore réussir à rentabiliser.
Refuser des projets n’est pas forcément viable non plus, puisque les revenus restent nécessaires pour maintenir les emplois. Quant à diminuer ses prix pour attirer davantage de clients, rien ne garantit que cette stratégie fonctionnera. Elle peut même fragiliser une entreprise dont les charges salariales continuent d’augmenter.
Et si les clients n’avaient plus besoin de nous ?
C’est ensuite qu’une autre réalité m’est venue à l’esprit, une réalité que l’IA n’avait pas non plus prise en considération dans son premier raisonnement : les clients utilisent eux aussi l’intelligence artificielle.
Prenons une agence marketing. Elle peut désormais produire ses contenus plus rapidement, automatiser certaines tâches et réduire ses délais de livraison. Mais pendant ce temps, ses clients découvrent qu’ils peuvent eux-mêmes rédiger des articles, créer des visuels ou préparer certaines campagnes.
L’agence devient donc plus productive, mais ses clients peuvent progressivement avoir moins besoin de ses services.
Et ce phénomène ne concerne pas seulement le marketing. Il touche également le développement web, le design et probablement bien d’autres métiers.
Un directeur marketing pourrait demain créer lui-même son site web, modifier ses pages ou lancer de nouvelles fonctionnalités, sans nécessairement faire appel à un développeur. Il n’aurait même pas besoin de comprendre le code, simplement de savoir expliquer ce qu’il souhaite obtenir.
Bien entendu, cette autonomie comporte encore des limites, notamment lorsqu’il faut maintenir un projet complexe sur plusieurs années. Mais rien ne garantit que ces limites resteront les mêmes.
Nous pourrions donc nous retrouver dans une situation assez paradoxale : des entreprises toujours plus efficaces, capables de produire davantage avec moins de ressources, mais dont les clients ont progressivement moins besoin.
Personne ne cherche nécessairement à remplacer qui que ce soit
Ce qui me dérange dans cette réflexion, c’est qu’il n’y a pas nécessairement de mauvaise intention derrière tout cela.
L’entrepreneur qui adopte l’IA veut assurer l’avenir de son entreprise. Le client qui utilise l’IA veut réduire ses dépenses. Le salarié qui s’en sert veut travailler plus efficacement et rester compétent.
Chacun agit selon des motivations parfaitement compréhensibles.
Mais lorsque ces décisions se multiplient, elles peuvent contribuer à transformer profondément le marché du travail, parfois au détriment des personnes qui ont elles-mêmes participé à cette transformation.
Et même les entreprises qui souhaiteraient préserver leurs employés pourraient finir par subir cette pression. Car leurs concurrents évoluent, leurs clients changent leurs habitudes et leurs propres coûts continuent d’exister.
Il serait évidemment trop simple d’affirmer que l’intelligence artificielle va nécessairement supprimer des emplois. Elle peut également créer de nouvelles activités, de nouveaux besoins et de nouvelles possibilités professionnelles.
Mais il me semble tout aussi optimiste de croire que les gains de productivité finiront naturellement par profiter à tout le monde.
Et l’humain dans tout ça ?
Je ne suis pas opposé à l’intelligence artificielle. Je l’utilise moi-même régulièrement, et cet article en est un exemple assez évident.
Ce qui m’inquiète davantage, c’est cette impression que nous devons constamment devenir plus rapides, plus productifs et plus polyvalents, sans nécessairement savoir où cela nous mène.
Je travaille dans le web depuis suffisamment longtemps pour avoir connu plusieurs évolutions importantes. J’ai appris de nouveaux outils, adapté mes méthodes et fait évoluer mes compétences. Mais aujourd’hui, je réalise que je n’ai pas particulièrement envie de passer les prochaines années à courir après chaque nouvelle technologie pour simplement maintenir ma place.
J’aimerais plutôt me concentrer sur ce qui m’intéresse véritablement : comprendre les gens, les accompagner, résoudre leurs problèmes et leur transmettre mon expérience.
Pour autant, je ne suis pas naïf. Rien ne garantit que ces compétences seront épargnées par les transformations à venir. L’intelligence artificielle progresse également dans l’analyse, le conseil et la communication.
Et c’est peut-être ce qui rend cette période aussi particulière. Nous ne savons pas vraiment jusqu’où ces outils pourront aller, mais nous participons déjà activement à leur intégration dans nos métiers.
À force de vouloir gagner du temps, comment avancer ensemble ?
Au début de cette réflexion, je me demandais simplement si l’intelligence artificielle pouvait remplacer un développeur web. Finalement, je me retrouve à m’interroger sur quelque chose de beaucoup plus large. À force d’automatiser nos tâches, de faciliter notre travail et de rendre nos compétences accessibles à tous, ne sommes-nous pas progressivement en train de réduire notre propre nécessité ?
Je n’ai pas de réponse définitive, et je ne pense pas qu’il faille arrêter d’utiliser l’IA pour autant. Les entreprises doivent rester compétitives, les professionnels doivent évoluer et les clients ont parfaitement le droit de chercher des solutions plus accessibles. Mais j’aimerais que nous prenions davantage conscience des conséquences possibles de cette recherche permanente d’efficacité.
Car ce qui me trouble le plus, ce n’est pas l’idée qu’une intelligence artificielle puisse un jour prendre ma place. C’est de me demander si, à force de vouloir mieux faire mon travail avec elle, je ne contribue pas moi-même, progressivement et sans vraiment m’en rendre compte, à rendre ma place moins nécessaire.
Au fil de cette discussion, je me suis également rendu compte que nous passions surtout notre temps à constater une situation, sans véritablement chercher comment nous pourrions y répondre. Pourtant, je reste convaincu que les changements de société commencent aussi par des réflexions individuelles qui finissent par être partagées.
Je me demande notamment si nous ne devrions pas envisager une forme de consortium international, capable de maintenir un certain équilibre entre les avancées technologiques et notre capacité collective à les assimiler. Pas simplement un organisme qui observe et formule des recommandations, mais une structure disposant de véritables moyens d’action, capable d’accompagner, d’encadrer et, lorsque cela se justifie, de ralentir certaines transformations pour laisser aux populations le temps de s’adapter.
Bien sûr, une telle idée soulève énormément de questions. Entre les intérêts économiques des géants technologiques, la concurrence entre entreprises, les responsabilités des gouvernements et les besoins des travailleurs, trouver un équilibre serait loin d’être simple. Mais je crois que nous devons au moins nous donner les moyens d’en discuter, plutôt que de considérer cette évolution comme une fatalité.
Je n’ai pas la prétention d’avoir trouvé une solution. Je suis développeur web, pas économiste ni spécialiste des politiques publiques. Mais je suis aussi un travailleur, un citoyen et quelqu’un qui s’interroge sur la place que nous laisserons à l’humain dans les années à venir.
Et si cet article permet à d’autres personnes de partager leurs observations, de contester mon raisonnement ou d’imaginer de meilleures solutions, alors cette réflexion aura déjà servi à quelque chose.
Car finalement, la question n’est peut-être pas de savoir jusqu’où l’intelligence artificielle peut nous emmener, mais de nous demander si nous voulons vraiment avancer à cette vitesse, et surtout, comment faire pour ne laisser personne derrière.
